Wing Chun : l’histoire oubliée d’une arme fatale conçue pour vaincre ?

Voici le sujet qui revient de façon récurrente sur les réseaux sociaux qui revient. Les constats que j’ai pu lire, dans la majorité des cas, ne vont malheureusement pas en faveur du Wing Chung. Il y a d’abord les non pratiquants d’arts martiaux qui apportent des critiques assez négatives en se basant sur les combats qui ont été orchestrés depuis les dernières décennies entre les « Winchunneurs » et les pratiquants du MMA, de la boxe anglaise et de la boxe thaï.

Ensuite, il y a les pratiquants les arts martiaux qui viennent contribuer de façon assez défavorable pour les combattants du Wing Chun qui disaient-ils que le Wing Chun n’est pas fait pour un combat libre en pied-poing.

L'essentiel de cet article

  • Un ADN de combat : Le Wing Chun n'est pas une discipline de démonstration ; il a été forgé au XVIIe siècle comme une arme révolutionnaire pour la survie et la résistance.
  • L’âge d’or de l’efficacité : Au XIXe siècle, le Dr Leung Jan (le « Roi du Wing Chun ») a prouvé la supériorité de cet art en restant invaincu après plus de 300 duels réels.
  • Le tournant historique : La révolution industrielle et les changements sociétaires ont transformé l'apprentissage des arts martiaux, privilégiant parfois la forme au détriment du combat.
  • Une perte de matière : Le passage de la transmission traditionnelle (Tao 108) à des versions simplifiées (Tao 16) explique pourquoi certains pratiquants modernes perdent aujourd'hui leurs repères en combat réel.

Les réponses laissées sont-elles justifiées ou suffisantes…?

Il est à noter que, sur l’activité mondiale, pour ne pas dire le marché, des arts martiaux, la notion de la notoriété est un élément primordial pour gagner le part du marché entre les différents styles. Cette concurrence justifie le fait que chacun défendre son propre intérêt pour le bon développement de son club et de son art.

J’essaie d’apporter un éclaircissement afin de fournir des réponses appropriées même s’il y a des parts de vérité dans tout ce qui a été dit. Il est évident qu’il n’y a pas de fumée sans feu pour arriver à ce résultat présumé. C’est en effet un syllogisme implacable et une philosophie mal comprise qui a amené la pratique à ce qu’il en est aujourd’hui. Certains enseignants de Wing Chun sont à même à déclarer que le Wing Chun n’est pas fait pour le combat! Je l’avais compris comme une confession pour ne pas dire une autodérision pour camoufler cet échec notoire.

Les origines révolutionnaires : le Wing Chun face au Kung Fu traditionnel

La première question à se poser est donc : Le Wing Chun est-il un art martial adapté au combat quel qu’il soit ?
Pour connaître la réponse, je vous invite à remonter dans le temps et à découvrir ensemble dans quel contexte politique et culturel le Wing Chun a vu le jour.

Ng Mui et la résistance sous la dynastie Qing

L’histoire du Wing Chun est fondée sur une légende qui remonte au XVII siècle sous la dynastie Qing en Chine, la dernière dynastie impériale, et a gouverné de 1644 à 1912. Cette dynastie a détrôné et chassé son prédécesseur dynastie Ming de façon assez brutale. La nouvelle règne est issue d’une peuplade venant du Nord-Est de la Chine dans la région de Manchourie, cousin des mongoles.

art martial légendaire dans un temple chinois ancien

Elle n’était pas acceptée par les chinois d’origine « Han » qui constituait 80% de la population et qui a peuplé la Chine depuis plusieurs dynasties. En effet, les mongoles sont les ennemis jurés des chinois d’origine «Han». Ce sont des ethnies différentes. Pendant cette période de prise de pouvoir, le nouvel empereur putschiste n’hésitait pas à envenimer les affrontements en ordonnant les captures et les persécutions parmi la population. C’est alors que surgit une none nommé Ng Mui (la 5ème sœur) qui a mené cette résistance et qui a créé ce nouvel art « révolutionnaire » à son point de vue. En tout cas, cette innovation est assez efficace pour contrer le kung-fu traditionnel et surtout pour combattre les gardes du nouvel empereur. C’est une révolution des techniques de combat revues et corrigées pour vaincre des ennemis dans un contexte de survie : pour une question de vie ou de mort.

La légende de Yim Wing Chun : un duel pour la liberté

Une légende raconte même que Yim Wing Chun, l’héritière directe de la sœur Ng Mui, avait gagné un duel contre un gouverneur qui pratiquait le Kung traditionnel et qui voulait la forcer à ce qu’elle l’épouse si elle perdait ce combat. Un pari remporté par la paysanne Yim Wing Chun sur lequel elle était relaxée et libre d’épouser un autre homme qu’elle choisira.

A part des enjeux politiques, il est aussi utile de rappeler que le Wing Chun a été confronté, pour sa survie, pendant cette période aux divers styles de Kung Fu Nord-Sud : le Kung Fu du nord Ton Bei Quan(通背拳), le Ba Gua(八卦), le Kung Fu de la Mante Religieuse(螳螂拳), La Grue blanche(白鶴拳), le Tigre(虎形拳), le Singe(猴拳) et d’autres styles.

Il n’y a donc plus aucun doute qu’à l’origine le Wing Chun n’a été fondé que pour vaincre, pour battre et pour gagner contre tous les styles de combats! A l’instar du Far-West, jadis, aux Etats-Unis dans lequel apprendre à se servir d’une arme et de le perfectionner c’est comme apprendre un art pour se défendre et c’est surtout une question de survie!

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L'âge d'or de l'efficacité : le Dr Leung Jan, "Roi du Wing Chun"

La genèse du Wing Chun

La deuxième question à se poser est la suivante: Pourquoi certains maîtres hongkongais ou certaines lignées post-Ip Man ont défini que le Wing Chun n’est pas fait pour le combat.
Pour comprendre cette apologie, je vous invite à remonter le temps jusqu’au temps du Dr Leung Jan (梁贊) à Foshan, 1821–1901. Deux siècles après l’invention du Wing Chun. Dr Leung était herboriste dans la ville de Foshan en Chine et était aussi connu comme « Monsieur Jan de Foshan » (佛山贊先生, Foshan Zan Xiān sheng). Beaucoup de pratiquants d’aujourd’hui ignore son existence et se limite à Ip Man (1893-1972).

300 duels remportés : la preuve par le combat

combats kung fu traditionnels wing chun

A cette époque, on racontait que le Dr Leung travaillait en étroite collaboration avec les moines maîtres du temple de Shaolin pour perfectionner le Wing Chun. Les témoignages rapportaient qu’il était imbattable et a remporté 300 duels en se combattant contre les différents styles de Kung Fu. Il était tellement fort qu’il avait reçu le titre, à son vivant, de « Roi du Wing Chun, King of Wing Chun Kuen».

Dr Leung Jan était le maître de Chan Wah-shun, le fameux maître qui a formé Ip Man. Dr Leung était aussi le père de Leung Bik, le fameux herboriste que le jeune Ip Man avait rencontré lors de son séjour à Hong Kong et qui l’avait aidé à perfectionner son Wing Chun.

Dr Leung connaissait non seulement les formes complètes du Wing Chun et il l’avait perfectionné pour le rendre intuitif en combat. Un vrai chercheur dans l’art du combat et c’est pour cette raison qu’il en sortait gagnant à chaque duel !

Il est donc sans conteste que, depuis sa création jusqu’au Dr Leung Jan, pendant deux siècles, le Wing Chun a été conçu pour être une arme fatale et c’est bien sa raison d’être : COMBATTRE et VAINCRE.

Le déclin technique : pourquoi l'art martial a-t-il évolué vers la forme ?

Le troisième axe d’analyse est de savoir que s’était-il passé pour qu’on arrive à dire que le Wing Chun n’était pas fait pour le combat, aujourd’hui :
Il s’était passé quelque chose soit un flop, un tournant, une incompréhension ou des manques d’information qui a induit un biais qui fait dériver le Wing Chun de son sens premier? Qu’est-ce qu’il s’était donc passé ?

L'impact de la révolution industrielle sur les arts martiaux

Il y en effet, un changement au niveau structurel, sociétal et culturel à la fin du 19ème siècle qui coïncide à la période de la naissance d’Ip Man : c’est la révolution industrielle qui vient bouleverser les pratiques :

  • L’invention des armes à feu et aussi les progrès scientifiques dans plusieurs domaines,
  • Un nouvel objectif préoccupait désormais le monde pour bon développement de sa nation : « C’est la science et l’industrie »,
  • L’école devient institutionnelle et, en Chine, les parents qui ont les moyens préfèrent pousser leurs enfants à faire des études que d’apprendre les arts martiaux…

Il faut savoir que dans les anciens temps, en Chine, seuls les nobles et les bourgeois ont accès à la connaissance, c’est aussi vrai dans le monde occidental, et apprendre un art martial, la philosophie, la poésie et l’art des écritures font parties des prérogatives parmi des citoyens privilégiés de la haute société. L’art martial fait donc partie intégrant de l’éducation des élites. Les monastères du temple de Shaolin contribuaient à cette éducation de façon bénévole au peuple sur l’apprentissage de la sagesse, la prière bouddhiste et des arts martiaux. Les princes et les empereurs ont leurs gardes et leurs armés qui excellaient en art martial à l’époque où on se battait avec les moyens dignes du moyen âge : les lances, les fléaux, les boucliers, les épées et les flèches.

A partir de la révolution industrielle, les armes à feu venaient remplacer les armes traditionnelles et petit à petit, la pratiquer un art martial n’est plus une nécessité. La profession est en quelque sorte transférée aux comédiens, aux artistes, aux intermittents du spectacle, aux saltimbanques, etc… Les parents préfèrent pousser leurs enfants à aller à l’école qu’apprendre un art martial qui n’a plus d’avenir et encore moins à se battre dans les enclos pour gagner leur vie.

À savoir sur l'évolution des arts martiaux

A partir de la révolution industrielle, les armes à feu venaient remplacer les armes traditionnelles et petit à petit, la pratiquer un art martial n’est plus une nécessité. La profession est en quelque sorte transférée aux comédiens, aux artistes, aux intermittents du spectacle, aux saltimbanques, etc… Les parents préfèrent pousser leurs enfants à aller à l’école qu’apprendre un art martial qui n’a plus d’avenir et encore moins à se battre dans les enclos pour gagner leur vie.

De Ip Man au Tao 16 : une transmission fragmentée

Fort heureusement, pour une question de culture et de tradition ancestrale, certaines écoles de Wing Chun subsistent encore pour perpétuer ce savoir.

On sait que dans le milieu du 20ème siècle, Ip Man (ou Yip Man) a du confronter aux plusieurs styles et plusieurs maîtres de Kung Fu à Hong Kong avant de pouvoir ouvrir son propre école. Il doit prouver l’efficacité de son art car il était le seul à propager « le Wing Chun ». Etant donné que la compétition dans la profession est rude, il faut prouver l’authenticité et l’efficacité de son art martial avec l’agrément des anciens maîtres. Pour Yip Man, c’était aussi un moyen de subsistance car il n’avait pas d’autre diplôme. Là encore, il était question de « COMBAT ».

Rappelons aussi que le premier maître de Yip Man, Chan Wah-shun, était décédé trois ans après son apprentissage alors que le jeune Yip n’avait que 11 ans. Il avait commencé à l’âge de 9 ans. Par la suite, Yip pratiqua essentiellement auprès de Ng Chung-sok (second plus ancien disciple) et Lui Yu-chai. A cette époque, la Chine traverse une période trouble et le jeune Yip était obligé de migrer vers Hong Kong qui appartenait, encore aux anglais, en ces temps-là. La vie du petit Yip est plus ou moins perturbée et son apprentissage du Wing Chun était un peu entrecoupé. On savait par exemple que Yip ne connaissait pas la forme complète du mannequin de bois traditionnel dite « le tao 108 » (54 chapître, 2x54 = 108). Avec les bribes de souvenir qu’il avait, à l’âge d’adulte, il avait réussi à concevoir une version très raccourcit qu’on appelle le tao du mannequin de bois en huit chapitres(16) du 54(108) chapitres originaux lesquels il n’a plus de connaissance. C’est une version très raccourci de la version originale. Le « tao 16 » de Yip Man est plus connu et plus pratiqué aujourd’hui.

En résumé : une perte de technicité entre le XIXe et le XXe siècle

Pour conclure, comme on pratique sur le mannequin de bois de façon symétrique et à l’identique à gauche que à droite, les 8 chapitres est connu sous l’appellation 16 et les 54 chapitre traditionnel, 108.

On pourrait constater que le 16 de Yip Man avait perdue des gestes de façon assez drastique, par rapport au 108 d’origine, notamment sur : les coups de coudes, les coups de genoux, les coups de pied, les frappes en Grue, les crochets, et d’autres gestes importants à mes yeux pour combattre contre les différents styles d’arts martiaux.

C’est sans conteste de constater qu’il y a une grande perdition des gestes et de la technicité depuis Dr Leung Yan (1821–1901) à Yip Man (1893-1972).

Mais alors, comment expliquer qu’un art martial si redoutable soit aujourd'hui remis en question face aux disciplines modernes comme le MMA ? Pour le comprendre, nous analyserons dans notre prochain article l'impact de la révolution culturelle et les secrets de la lignée qui a su préserver l'efficacité originelle du Wing Chun.


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