Wing Chun, Ving Tsun, Wing Tsun : quelles différences ?
Introduction
J’ai eu l’occasion de lire dans des forums : C'est quoi la différence en « Wing Chun » et « Ving Tsun » ?
Il y a des pratiquants qui disent que « Ving Tsun » est lié à Leung Ting, un élève hongkongais issu du maître Ip Man. On parlait même que « Ving Tsun » c’est la technique propre à Leung Ting. Est-ce vraiment le cas ?
Beaucoup de pratiquants ou de novices se posent ces questions et je constate que les réponses données dans les différents forums/blogs ne sont pas très explicites, du moins erronées ou incomplètes. Ici, vous trouverez des réponses fiables.
Origine des termes
A l’origine les deux termes hiéroglyphiques « 詠春», se prononcent en chinois mandarin sans ambiguïté « Yǒng Chūn ». Cela signifie que si vous allez en Chine et que vous êtes face à un Chinois qui ne connaît pas l’anglais, il faut prononcer Yǒng Chūn, 詠春 sinon il ne comprendrait pas.
Le même hiéroglyphe 詠春 est prononcé en cantonais « Ving Tsun » ou « Wing Tsun ». Le cantonnais est le patois parlé à Hong Kong. Pour remonter un peu dans le temps, Hong Kong a été annexé par les Anglais en 1889 et a été rendu à la Chine cent ans après (en 1998).
Les langues officielles parlées à Hong Kong avant 1998 étaient le cantonnais et l’anglais. Après 1998, la Chine a officialisé le chinois mandarin comme la langue officielle de Hongkong tout en tolérant le cantonnais comme langue parlée en seconde langue. Cela signifie que les hiéroglyphes sont les mêmes mais la prononciation diffère. Ce changement n’était pas trop perturbant pour les Hongkongais dans le sens où les écritures ne changent pas, mais c’est quand même l’apprentissage d’une nouvelle langue pour toute la population qui est « le mandarin ». D’après le constat, les personnes âgées avaient plus de mal à intégrer le mandarin, tandis que les jeunes qui ont vu le mandarin intégré officiellement dans leurs programmes scolaires, et ce depuis la maternelle.
Géographiquement, Hong Kong se situe dans le Sud-Est de la Chine dans la région du Guangdong et c’est une ville portuaire où transitent toutes les marchandises provenant du monde.
L'impact d'Ip Man
Pourquoi Ving Tsun est associé à Hong Kong ?
Hong Kong se situe à 180km d’une ville chinoise, Foshan. Foshan, « 佛山» signifie « la colline de Bouddha ». Elle abritait un temple des moines Shaolin, cette ville est réputée pour ses écoles et ses pratiques d’arts martiaux. Hong Kong et Foshan sont sous la même préfecture du Guangdong. Et pour revenir à notre histoire, Ip Man est originaire de Foshan. Quand Ip Man était parti se réfugier à Hong Kong vers 1908 pour fuir la guerre et la famine en Chine, il a dû réapprendre à parler le cantonnais. Les Hongkongais ne comprennent pas forcément le chinois mandarin.
« Ving Tsun » est tout simplement la prononciation du terme Yǒng Chūn, 詠春 en cantonais. Par la suite, Ip Man a créé et développé son école à Hong Kong. Étant donné qu’il était le seul à propager cet art martial très spécial, le « Ving Tsun » est lié de façon innée à Ip Man. Les autres maîtres à Hong Kong ne pratiquaient que le Kung Fu traditionnel et très peu de gens connaissent le « Ving Tsun ». D’ailleurs, Ip Man a dû prouver l’efficacité de son art en affrontant les maîtres des autres écoles pour que ces derniers acceptent que le maître ouvre son école de « Ving Tsun » de manière officielle, mais cela n’a pas été simple.
Il existe aussi une autre prononciation qui est le « Wing Chun ». C’est la version anglaise générique.
Le premier constat est que le terme 詠春 peut se prononcer de trois façons mais c’est toujours le même art martial: Yong Chun, Ving Tsun ou Wing Chun.
Quel lien y-a-t-il entre « Ving Tsun » et Leung Ting ?
Nous avons vu précédemment que le Wing Chun est popularisé en patois « Ving Tsun » par Ip Man. Il avait créé son école à Hong Kong et tous ses élèves par la suite sont hongkongais. Plus tard, il s’était marié et avait eu deux fils, Ip Chun (l’aîné) et Ip Ching (le benjamin), qui sont des Hongkongais de naissance.
Dans les années 70, un de ses élèves hongkongais au nom de Leung Ting a introduit l’art de son maître, « Ving Tsun », en Europe (en Arménie, en Grèce et en Allemagne) et comme il était le seul à pratiquer l’anglais, on associait alors « Ving Tsun » à Leung Ting.
Par la suite, d’autres élèves d’Ip Man ont aussi ouvert leurs écoles en Europe et dans le monde, introduisant chacun son style. Ils utilisent tous le même terme « Ving Tsun » sans exception car ils étaient tous hongkongais.
Un mot sur la technicité
Comme dans toutes les disciplines, quand un maître enseigne une discipline à ses élèves, chaque élève va l’absorber différemment. La transmission ne sera jamais atteinte à 100%. Étant donné que chaque humain est unique et différent, chacun va assimiler différemment lié à sa propre compréhension, sa perception, sa personnalité, son éducation, sa force ou sa faiblesse, etc.
Ainsi tous les élèves d’Ip Man, sans exception, ont chacun leur propre style, ainsi que ces deux fils, Ip Chun et Ip Ching, qui ont aussi leur style différent.
Conclusion
En conclusion, « Ving Tsun » n’est pas un style particulier ni lié spécifiquement à Leung Ting mais c’est le terme inhérent à la langue hongkongaise.
C’est comme si on disait que la langue égyptienne appartenait à Akhenaton ou à Toutankhamon. Or, la langue égyptienne n’appartenait pas plus à Akhenaton qu'à un autre pharaon que celle du peuple égyptien.
Au final, l’orthographe ne suffit pas : ce qui compte, c’est l’enseignement, la pédagogie et la lignée annoncée.
